J’exerce la profession médicale depuis 23 ans et au cours de ma carrière, je me suis amusée à collectionner des livres et des objets médicaux anciens. Plusieurs de ces artefacts sont placés bien en vue dans une étagère de mon bureau pour le plaisir des patients qui viennent me voir en consultation. Récemment, lorsqu’on m’a demandé d’écrire un petit article sur l’histoire de la médecine, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment pris le temps de lire sur le sujet. Je me suis donc mise au travail et vous offre un bref résumé d’une partie de ce vaste sujet.
Il est intéressant de noter que l’histoire de la médecine au Québec passa à travers différentes transformations du temps de la colonie française jusqu’à nos jours.

Une des doctrines importantes fut présente chez nous jusqu’à la fin des années 1800. Il s’agissait de la théorie des humeurs qui nous venait de l’époque d’Hippocrate c’est-à-dire du 5ieme siècle avant Jésus-Christ. On croyait alors, que les quatre éléments de notre monde, soit l’eau, le feu, l’air et la terre, étaient représentés dans le corps humain sous forme d’humeurs.
1- L’air, chaud et humide, circulait via le sang. On parlait de tempérament « sanguin ». Les patients plus jeunes portaient souvent ce qualificatif.
2- Le feu, pour sa part, qui avait les qualités d’être sec et chaud était représenté par la bile jaune sécrétée par le foie. On parlait alors de tempérament «colérique» et on y associait les patients qui étaient dans la force de l’âge.
3- La terre, froide et sèche, se rapportait à la bile noire sécrétée par la rate. On parlera de tempérament «mélancolique» et ceci se rapportera aux patients dans le déclin de l’âge.
4- L’eau, froide et humide passait par les flegmes (la lymphe) et était présente au cerveau. On dira de certains patients qu’ils sont «lymphatiques» et ceci représentait surtout la population des vieillards.
La maladie se développait, selon la croyance de l’époque, lorsqu’il y avait un déséquilibre entre ces humeurs. Remarquez-vous la présence de cette croyance dans notre langage populaire ? En voici quelques exemples : «être de bonne ou de mauvaise humeur», «se faire de la bile», «se tourner les sang» ou encore «se faire du mauvais sang».
De nos jours, on qualifiera encore le tempérament des gens selon qu’ils sont sanguins, lymphatiques, flegmatiques, bilieux ou mélancoliques (bile noire). Intéressant n’est-ce pas ?

Le médecin d’alors questionnait premièrement son patient puis faisait un examen diagnostique des humeurs. On notait la couleur du sang et des urines, on vérifiait si le pouls était égal, petit, dur élancé. On ne mesurait aucun paramètre, c’est-à-dire que l’on ne mesurait pas la température, on ne comptait pas la fréquence des pulsations et on ne faisait pas la mesure de quantité de sucre dans le sang. Une fois le diagnostic posé, le traitement visait à retrouver l’équilibre des humeurs. Si le patient faisait «un excédent de bile» on faisait alors usage de laxatifs dont l’huile de ricin et parfois de vomitifs. Pour les gens avec «un excédent de sang» vous devinerez donc que l’on utilisait les fameuses saignées. Ces saignées étaient souvent précédées d’une petite séance d’application de ventouses ! Parfois, les sangsues étaient appliquées à différents endroits du corps. Il était d’usage de croire que les humeurs étaient formées par les aliments et donc beaucoup de traitements passaient par la diététique comme les infusions de menthe pour faciliter la digestion. On appliquait aussi différents cataplasmes faits, par exemple, de lin ou de poudre de rhubarbe.

Je vous laisse avec un délicieux passage d’un de mes livres préférés qui date de 1771 et se nomme «Dictionnaire portatif de chirurgie». Ce livre nous venait de Paris avec «Approbation et privilège du Roi» inscrit au bas de la première page…rien de moins ! Voici ce que l’on peut y lire concernant le traitement des abcès :
«Lorsque la circulation est trop lente dans la partie enflammée, ce qui a souvent lieu dans les tempéraments froids et chez les vieillards: on applique des cataplasmes faits avec les gommes-résines, telles que la gomme ammoniac, le galbanum, l’oppopanax, le bdellium, le sagapénum. On peut en joindre plusieurs ensemble, au moyen d’œufs, ou des oignons cuits sous la cendre»

Un petit conseil: n’essayez pas ce traitement à la maison!

Dre Chantal Descôteaux
Médecin de famille
Base militaire de Bagotville au Saguenay